Dans ma ville


Dans ma ville tout est parfait.  Le gazon est d’un vert si vert que le vert lui-même n’est pas aussi vert!  Les rues sont belles, sans trous et sans cailloux. 

Dans ma ville les gens font du jogging, du vélo.  Les gens pratiquent des sports comme le soccer, le tennis, le baseball et le football.

Le joggeur a son petit kit exprès pour la course: les petits souliers coordonnés avec le cuissart et le chandail.  Le Ipod dernier cri et le moniteur de fréquence cardiaque.

Le cycliste a son petit kit exprès pour le vélo: le cuissard rembourré aux fesses, les petits gants, les souliers qui clippent sur les pédales d’un vélo à plusieurs milliers de dollars, le casque de l’année, le chandail moulant aux couleurs voyantes.

Les équipes sportives ont leurs uniformes.  Les parents sont là pour encourager leur progéniture.  Ils s’époumonnent à leur crier des mots d’encouragements : « tu es capable, ne lâche pas, c’est beau, j’ai vu ton but ».

Dans ma ville, toutes les entrées sont propres.  Tous les aménagements sont beaux.  Chaque printemps il y a des fleurs qui pousent partout.  Il y a même un concours pour la plus belle maison fleurie à la fin de l’été.

Dans ma ville, les enfants vont tous à l’école.  Les enfants mangent tous à leur faim.  Les enfants ont sûrement tous une chambre pour eux seul. 

Dans ma ville, il y a toujours du lait, du pain et des oeufs dans la maison.  Il y a des dépenses et des frigos remplis de nourriture.

Dans ma ville, il y a beaucoup de monde qui ont plus d’une voiture.  Il y a beaucoup de voitures qui coûtent plus cher que le salaire moyen des femmes au Québec.

Dans ma ville les poubelles sont remplis de richesse; sont remplis de nourriture jamais consommés; remplis d’objets jugés ennuyeux ou trop encombrants.

Dans ma ville on ne connait pas la pauvreté.  On ne la voit pas la pauvreté.  On ne voit pas la misère des autres.  Il n’y a que le paraître, que la compétition, que les faux-semblants.

Sont-ils plus heureux?  Probablement pas.  Mais au moins, ça ne paraît pas.

Quand j’habitais à Montréal je ne voyais plus la misère; je ne voyais plus la déchéance de certaines personnes.  Je ne remarquais pas l’itinérance, je ne remarquais pas le manque de respect, l’impolitesse, la désinvolture.

Mais maintenant, le contraste est si grand par rapport à ma ville que je vois tout.  Je remarque tout.  Et j’ai un peu honte de passer à côté sans rien faire…

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9 réflexions sur “Dans ma ville

  1. Ma ville a déjà eu le titre de « La ville du bonheur »…
    Et dans ma réalité à moi dans ce temps là… je voyais pas le rapport… non ma ville n’était pas la plus belle, la plus intéressante etc…
    Maintenant c’est un peu le contraire…
    Je trouve qu’elle est plutôt jolie… assez intéressante… etc c’est une question de perception…
    À Montréal quand j’y vais ce qui me frappe parfois c’est l’indifférence… un riche agit en riche, un pauvre agit en pauvre. La classe moyenne ce promène entre les deux….
    Bref, l’herbe n’est jamais plus verte chez le voisin, etc etc…

    1. xjanesatticx: c’est vrai que tout est question de perception. Et c’est trop vrai: l’herbe n’est pas plus verte ailleurs… mais si elle est bleue et qu’on aime le bleu c’est mauditement intéressant!

  2. Excellent texte. Je crois qu’il est facile d’oublier à quel point nous ne sommes pas tous égaux lorsque nous vivons dans une bulle où tout est, en apparence, parfaitement réglé.

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