Promenade urbaine


Il est midi quarante-cinq.  Je pars à la va-vite du bureau.  Je m’éclipe en douce dans la jungle urbaine.  Imper sous le bras et mon sac plus gros qu’un sac à couche me suit.  Avant de partir je n’ai rien oublié: carte d’autobus, portefeuille, retouche de rouge à lèvres.

Je me sens fébrile.  Ça fait longtemps que je n’ai pas pris le métro.

J’attends l’ascenseur.  C’est rapide.  En moins de 20 secondes une des 6 portes sur l’étage s’ouvre.  Mon collègue accourt pour ne pas le manquer – comme si c’était le dernier de la journée qui s’ouvraient sur l’étage.  Conversations anodines.

Je cherche le chemin le plus court.  Je décide d’éviter la cohue des magasins et passe par l’extérieur.  Je marche d’un pas rapide sur McGill.  Le ciel est gris mais la température est clémente.  Une douce brise prend le temps de caresser mes joues et jouer dans mes cheveux.  Je fixe au loin ma destination.  J’ai le regard ailleurs.

À l’entrée du métro rien n’a changé.  Sauf peut-être les nouvelles bornes de paiement qui fonctionnent avec la carte Opus.  Une carte à puce électronique comme on retrouve depuis déjà plusieurs années sur le vieux continent.  Je m’empresse de passer les tourniquets comme une pro qui fait cela à tous les jours.  Prendre le métro ça ne se perd pas quand on a fait cela pendant plus de 10 ans. 

Mais j’avais quand même une anticipation à la vue du métro.  À la vue de ses passagers.  Sur le quai, j’ai à peine le temps de trouver un écran géant pour lire distraitement les nouvelles et les faits divers que le métro arrive.  J’attends patiemment la sortie de ceux qui débarquent à McGill. 

Je me trouve une place assise.  Je regarde du coin de l’oeil la carte du réseau du métro affichée au mur.  Juste au cas que j’aurai pris la mauvaise direction.  Même si ça fait 1000 fois que je prends le métro à McGill.  Chaque fois j’ai comme un doute.  Parce que je suis distraite.  Et parfois je fais les choses machinalement.  Sans m’en rendre vraiment compte. 

Discrètement j’observe les gens.  La foule est ecclectique.  Les gens sont beaux.  Même les gens laids sont beaux.  Ils ont ce quelque chose qui leur appartient.  Tous ont en commun la même attitude; une attitude « dans la bulle ».  Beaucoup s’isolent par des écouteurs.  Certains plus fort que d’autres.  D’autres lisent.  D’autres font comme moi: ils obervent du coin de l’oeil.

Je me sens comme une intrue dans la jungle.  Mes cheveux blonds, mon tailleur, mes talons hauts jure avec le décor.  Je déteste cela.  J’aurai voulu avoir mes jeans et mes souliers plats pour attirer moins l’attention.

Le métro sent.  Avez-vous déjà remarqué l’odeur qui s’y trouve?  Un mélange d’air vicié et d’arachides.  Il semblerait que la senteur d’arachide soit la résultante du huilage des freins de métro qui est fait avec de l’huile d’arachide.  Oui oui je vous le dis.  J’ai lu cela quelque part – c’était l’histoire du métro de Montréal.

J’arrive à destination.  Métro Papineau.  Je m’empresse de prendre la 45.  C’est une ligne que je connais bien.  Je l’ai souvent prise avant.  Et pourtant, comme à chaque fois je suis fascinée lorsque l’on croise le Parc Lafontaine.  Dans ce parc il y a milles histoires – dont les miennes.  Dans ce parc il y a la vie, l’amour, l’exercice, la tristesse, les premiers baisers, les écureuils et les arbres centenaires.  Il y a les vieux, les vélos, les canards, le lac.  Il y a assez de choses à raconter pendant une vie entière. 

Mes pensées sont encore au parc quand j’arrive à ma destination finale sur le boulevard Saint-Joseph.  Je croise pendant ma marche deux employés de la Ville en train de scier un tronc d’arbre qui n’est plus.  Un arbre qui devait avoir 100 fois mon âge.  J’étais triste pour lui.  Il a fini par quitter la ville pour aller dans le paradis des arbres.  J’espère qu’il est heureux là où il est…

Mon retour  s’est fait s’en m’en rendre compte.  J’étais encore obnibulée par mon allée à ma destination et mes rêveries.

Arrivée au bureau, j’ai retrouvé mes semblables: des gens de la banlieue, des gens habillés comme moi, des professionnels. 

Assise à mon bureau je me suis demandée si tout ça avait vraiment existé ou si je n’avais pas rêvé de ma vie d’avant: ma vie de fille urbaine…

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9 réflexions sur “Promenade urbaine

    1. Drew: Merci de confirmer mon commentaire sur l’huile d’arachides. J’ai cherché rapidement sans trouver mais j’étais certaine de mon propos!

      Effectivement, t’avoir croisé dans le métro tu aurais pu être le sujet de mon billet! Ça aurait été pénible de vivre autant de popularité. Quoi que je pense que tu commences à t’y faire non?

  1. Wow!! Je me sens presque pareille lorsque je prend le métro… Comme je vis en banlieue maintenant, je me sens souvent inconnue dans ces endroits de béton où je suis allée tellement souvent…
    Moi aussi je regarde encore et toujours la carte du métro.. hihihi
    C’est tellement vrai pour l’odeur en plus!! Je ne savais pas qu’elle résultait de l’entretien à l’huile d’arachides! Je vais y porter plus attention et ce à partir de mardi.. eh oui.. retour au boulot dans la vie urbaine moi aussi.. 🙂

    Très beau texte encore une fois.. j’adore te lire!!

  2. cacawet: quand je suis dedans, quand je suis inspirée, quand ça vibre sous la peau c’est ça que ça donne.

    J’aurai tellement voulu être écrivaine mais…

    Merci de ton compliment! Je le prends pour les jours gris 😉

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