La crise … de la grossesse


J’ai longtemps vécu dans le silence des femmes à part.

http://www.ellequebec.com/Societe/femmes/grossesse-maternite-enceinte-n315280p1.html

À part dans mon NON désir de grossesse étant plus jeune.

Les autres femmes avaient beau me dire que de donner la vie est ce qu’il y a de plus merveilleux au monde, que les enfants apportent beaucoup, que c’était une expérience unique que les femmes ont la chance de vivre; rien de tous ces mots me disaient quelque chose.

Même si j’ai décidé de mon plein gré à dire oui à une grossesse je n’ai rien de celles qui jubilent de plaisir à être enceinte. Au contraire…

D’abord je tombe enceinte en février. C’est en rencontrant mon accompagnante pour la première fois que j’ai eu un choc et mon chum encore plus. En me voyant elle me demande comment ça va. Je dis ok. J’ai dû dire autre chose parce qu’elle nous a demandé si la grossesse était planifiée. Je pense que mon non verbal avait parlé pour moi et l’idée d’être enceinte était plus une cynicure (pas trop certaine comment l’écrire) qu’autre chose. Et elle l’a ressentie.
Moins d’une semaine après j’ai fais la fausse couche.

J’ai longtemps pensé que mon désir n’était pas assez fort et que l’embryon a dû le ressentir… mais la vérité est toute autre et à 10 semaines, une fausse couche est une fausse couche à cause de malformations ou autre.

Je suis retombée enceinte en août. Cette fois-ci avec un désir plus grand; un désir plus certain.

Mais encore. Je ne m’émerveille pas devant un carosse avec un bébé; je ne deviens pas gaga quand je rentre dans un magasin de linge pour enfant, j’étire le temps pour faire la chambre de bébé. J’ai à peine acheté quelque trucs mais sans plus. Et surtout une seule pensée me vient quand je vois une femme enceinte : pauvre elle!!!

Pauvre elle parce que autour du mythe de la femme belle et épanouie que nous devenons aux yeux de la société moi je ressens des maux de dos, la fatigue, la nausée, le sommeil perturbé, les émotions à fleur de peau, les douleurs au nerf sciatique, à mon manque de souffle, à ma lourdeur et mon poids ajouté, à mes étourdissements, mes chaleurs, et surtout mes restrictions : pas d’alcool, pas de charcuteries, pas de fromage au lait cru, pas de tartare ni sushis, pas de ski de fond, pas de marche (parce que mon manteau ferme presque plus et que les trottoirs enneigés risque de me tuer).

J’ai beau avoir juste pris un beau ventre rond et qu’on oublie tout complexe en maillot y’a un envers de médaille qui me fait détester être enceinte.

Il ne faut pas s’en méprendre: je vais aimer ce petit pou là comme toutes les mamans du monde. Il reste que le sacrifice est immense à mes yeux. Je laisse de côté ma propre personne, ma carrière, mes ambitions et mes rêves pour cesser pendant quelque temps MA propre vie pour celle d’un autre.

Aujourd’hui je me suis fais regarder comme une grande plaignante quand, dans le bureau du docteur, je suis partie à pleurer parce que je n’en peux plus. Aller au travail en autobus matin et soir, le coeur sur le bord de la gorge si j’ai l’audace de déjeuner avant de partir ou de crever de faim jusqu’à mon arrivée. De ne pas pouvoir m’endormir avant 23h mais de devoir me lever de peine et de misère pour 6h. De braver chaque jour comme une mission impossible : mettre les bottes, affronter le froid le manteau à moitié attaché parce qu’il ne ferme plus sous la bédaine, vivre le stress du bureau toute la journée avec les exigences et les deadlines de la superwoman que j’étais comme si de rien n’était. De frapper un mur de fatigue à 14h sans pouvoir même dormir un 20 minutes. De commencer à sentir mes pantalons de maternité me serrer. D’être là avec mes petits souliers plats de minus à la con quand j’ai toujours porté des talons. Il m’arrive de déroger à prix fort: maux de dos assuré en fin de journée.

Je passe tous les commentaires débiles des collègues allant de : fais pas ci enceinte , fait pas ça, mange pas ci, tu dois faire ça. Et le  » tu es dû pour quand, c’est un gars ou une fille » et le comment ça va. Ah oui j’oubliais le fameux « moman » ou « mama ». Heu non je ne réponds pas à
ça… Je suis sur le point de me faire faire un t-shirt qui dirait: dû fin avril, c’est un garçon… prochain sujet svp!

Et chaque lundi matin : « et bien tu continues à engraisser »… c’est drôle parce que ma HU a à peine augmenté en un mois et un petit kilo de pris. Je ne sais pas comment les gens font pour remarquer qu’à chaque semaine j’ai pris 1/4 de kilo!!!! Bravo à vous chers collègues génie de la finance! Un autre mystère total pour moi.

Alors quand une collègue me regarde envieuse de ma grossesse et qu’elle me dit que ça lui manque je la regarde d’un drôle d’air en me disant tout bas  » méchante folle »… !

Tout cela pour dire que ma doc m’a regardé presque en souriant en me disant qu’elle ne pouvait pas faire grand chose sinon peut-être quelques jours de congé pour repos mais sans plus…

C’est pas que je veux abuser du système ou rien de cela. Je suis juste dépassée et à bout de la grossesse à 6 mois! S’il n’était pas une question de santé si ce n’est pas pour dire de vie ou de mort je demanderai qu’on m’accouche illico!

Et mon doc qui me suggère fortement de continuer à faire des exercices pour garder la forme en vue de l’accouchement!!! Non mais miss docteur, je le fais quand mon exercice? La nuit??? Parce qu’au retour à la maison après une journée de travail elle pense que j’ai encore 2 onces d’énergie pour remettre mes bottes et tout le kit , aller déneiger l’auto pour aller me geler 1h à la piscine du coin? Non madame, moi après ma journée de travail j’ai pas consolé toute la journée des tite madame enceinte et prendre leur pression et leur poid en disant « lâchez pas »!!!! Dans ma journée j’ai assisté à 3 meeting trop long pour le sujet discuté, j’ai retourné 15 appels sur ma boites vocale, j’ai consolé une collègue en peine, j’ai entretenu mes relations à l’heure du lunch, j’ai répondu à mes 50 courriels quotidiens, je me suis creusée les méninges pour trouver des solutions aux clients insatisfaits, j’ai fais des suivis, j’ai fais l’aller retour au fax et au photocopieur une dizaine de fois avant de me retaper 1/2 heure d’attente pour le bus en retard pris dans le traffic et la tempête.

Oui docteur c’est ça mes journées…

Et après vous viendrez me dire qu’il faut voir la grossesse dans toute sa splendeur…

Ok la madame est fru ici aujourd’hui… mais laissez-moi vous dire qu’il y aura ici le 28 février prochain une grande fête: la fin de mon calvaire de job!

Pour la doc, c’est sans commentaire. Je me dis que je suis peut être un peu princesse et j’assume volontiers.

Et si vous trippez de ce feeling qu’être enceinte, je suis bien contente pour vous, la vie est plus facile quand on la voit du bon côté.

En résumé, oui y’a des femmes qui ne trippent pas être enceinte et je trouve cela triste que certaine ne puisse pas l’exprimer tout haut. Alors à toutes celles qui n’ont pas jubilé de plaisir pendant 9 mois, vous n’êtes plus seule: il y a moi et les autres qui n’ont jamais osé le dire!

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